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fév 15

L’épreuve d’un placement en maison de retraite

Par Mickaël N’Guié Psychologue – Maison de Retraite Sainte Geneviève Taverny dans le Val d’Oise (95)

Si l’admission est une expérience répétée pour l’établissement et unique pour le résident, elle reste un moment crucial pour nous professionnels de l’accompagnement. L’institution s’ouvre comme le lieu d’une nouvelle étape de vie pour la personne entrante. Notre souci est que celle-ci puisse continuer à donner son avis chaque fois que cela est nécessaire et possible ; comme l’y disposait sa vie au domicile. Et cet enjeu se pose dès les premiers temps du projet d’admission.

Le domicile, lieu d’ancrage identitaire, fut un refuge longtemps sécurisant. De fait, quitter ce chez-soi d’il y a 10, 20 ans pour entrer en maison de retraite représente un tournant dans une vie. Un tournant douloureux, puisqu’il oblige à renoncer à des lieux, des objets, des relations de proximité… virage laissant poindre une perspective à la symbolique violente, celle du dernier domicile.

Autant de distorsions et de rupture de liens pouvant, chez le futur entrant, faire le lit de sentiments diffus : d’inquiétude, de déracinement, de dépossession… quant à la famille, elle est souvent tenaillée par la culpabilité de ne pouvoir accueillir son proche, de ne parvenir à trouver la force de lui expliquer, de l’informer, de l’avertir…. Et ce, malgré un désir indéniable, chez les enfants, de partager jusqu’au bout une relation basée sur la confiance et la loyauté… et chez les conjoints de vivre le plus pleinement possible les derniers temps d’une union.

Tiraillés entre le cœur et la raison, enfants comme conjoints en viennent parfois à masquer les réels motifs de l’entrée en institution : quant à la durée du séjour « Tu viens ici pour te reposer quelques semaines », ou au prétexte d’une détérioration psychique : « … pourquoi lui dire, puisqu’elle va aussitôt l’oublier… » …et en échos, ces mots d’une personne alors véritablement « objet d’un placement » : « …on ne m’a rien dit, rien demandé et je me suis retrouvée ici… » … de telles paroles accompagnent encore trop souvent l’entrée en institution. Pour autant ce réel falsifié, occulté, tôt ou tard finira par se divulguer dès les premiers temps de l’admission. Chez ce résident, pourraient alors s’y associer un cortège de répercussions négatives au-delà même des manifestations de colère, révolte et pleurs…

Mal préparée, mal acceptée, toute entrée en institution peut retentir désastreusement sur l’état de santé du nouveau résidant, sur son état de dépendance psychique et physique et donc sur ses capacités d’adaptation à venir. Un placement dans de mauvaises conditions pourrait aussi occasionner un surcoût en termes de soins à dispenser, de prise en charge de la dépendance.

Alors comment trouver la force de dire à son parent, à son conjoint, que nous souhaitons son entrée en maison de retraite, étant inquiète pour lui ? Comment faire entendre notre impuissance à continuer à s’occuper de lui, nos peurs de l’accident (chute, fugues, dénutrition, accès d’agressivité…) et notre épuisement chargé de culpabilité ? Comment lui demander ce qu’il en pense, sans anticiper plus anxieusement et douloureusement, sa réponse ? Comment lui dire qu’il va rester ici et ne pas rentrez chez lui ?

Au cours des temps d’accueil avant admission, l’institution offre ses compétences pour soutenir chaque personne âgée et ses proches dans leurs réflexions pour arrêter une décision. Par la suite, elle permet à la famille de s’autoriser à se décharger du soin, d’une surveillance permanente, et les encourage à se consacrer à leur rôle de soutien affectif. Par une délégation à des professionnels de ces risques et d’une part de ces responsabilités, l’entrée en institution d’un parent peut alors être réellement source de réassurance pour sa famille.

Pour autant, si la maison de retraite est l’ultime recours, c’est aussi le lieu que les familles voudraient souvent éviter pour leur parent, comme pour elles-mêmes. Le tout est de mûrir la décision d’admission, mêmes dans le cas d’un choix précipité par la situation de crise familiale ou d’urgence médico-sociale ; de bien poser le problème et de choisir le bon endroit au bon moment, c’est-à-dire ni trop tôt ni trop tard. Pour vous donner moyens – résidents et familles – de continuer, bon an mal an, à faire ce que vous avez toujours fait, à être ce que vous avez jusque là été… sans plus aggraver encore la souffrance de vieillir. Même si souvent seule l’épreuve du changement apporte la réponse, a posteriori, du bien fondé ou non d’une décision d’entrée en maison de retraite.

Mickaël N’Guié Psychologue
Maison de Retraite Val d’Oise – Sainte Geneviève Taverny (95)

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